Mercredi
1er juin 2005
Bienvenue
à Biométrie Land
L’impact du 11 Septembre 2001 est certainement
la première raison de l’avènement
de politiques de plus en plus sécuritaires.
Mais peut-être que ces attentats n’ont fait
qu’accélérer les réalisations
d’une volonté qui était déjà
bien en place auparavant.
Les
nouvelles technologies, et tout particulièrement
la RFID (puces à radio fréquences), permettent
un traçage des être humains.
Petit exemple anodin : pendant Rolland Garros
2005, son grand partenaire IBM pouvait
suivre sur écran d’ordinateur l’ensemble
de ses hôtesses et de ses invités à
la trace. Officiellement pour mieux gérer
les places réservées pour ses invités…
On
imagine comment cette petite démonstration
peut vendre bien d’autres applications
: suivre des employés dans une entreprise, des
condamnés dans une prison, des consommateurs
dans un supermarché, des citoyens dans une ville,
des étrangers dans un pays…
Tout
cela n’est qu’un début. Les Etats-Unis
sont (évidemment) précurseurs de la vague
Biométrique actuelle (1) : en octobre prochain,
les ressortissants des pays de l'UE devront
posséder un passeport biométrique
pour pénétrer, sans visa, sur le sol américain.
Les USA avaient déjà reporté une
première fois cette date, initialement fixée
à octobre 2004.
Des
tests vont être organisés aux Etats-Unis
dés juillet prochain pour "automatiser l'enregistrement
de l'arrivée et du départ des voyageurs
à pied ou en véhicule", et ceci dès
leur entrée sur le territoire américain.
Ces tests s'inscrivent dans le cadre du programme
de gestion de l'immigration "US Visit".
Dans les aéroports, tous les visiteurs étrangers
doivent laisser leur empreinte digitale et être
photographié.
La
France n’es pas en reste : le projet "Identité
Nationale Electronique Sécurisée"
(Ines) est en marche. Malgré les protestations
des avocats, magistrats et militants des droits de l’homme,
la future carte d’identité française
sera dotée d'une puce électronique contenant
des identifiants biométriques.
Justifié
par Dominique de Villepin comme étant
"le prix de la sécurité", la
nouvelle carte qui sera d’ailleurs payante et
obligatoire, "permettra de vérifier
l'identité de leur titulaire grâce à
la reconnaissance palmaire et faciale".
Le ministre de l'Intérieur d'alors n'excluait
pas "dans le futur, un troisième élément,
qui pourrait être l'iris de l'œil".
La
Science-fiction a toujours tiré les sonnettes
d’alarme bien avant l’heure. Le film "Bienvenue
à Gattaca" nous avait pourtant
prévenu. Et lorsqu’on étudie le
nouveau dispositif qui se teste à Roissy, on
voit bien que nous n’avons vraiment rien compris.
En
effet Air-France est remplie de fierté
en mettant en place son nouveau système
de contrôle biométrique à Roissy.
En concertation avec le ministère de l'Intérieur,
la compagnie aérienne va expérimenter
à partir du 1er juin des bornes interactives
installées au terminal 2F de l'aéroport
Roissy Charles-de-Gaulle. Elles permettront de contrôler
les passagers, qui entrent ou sortent du territoire,
par leurs empreintes digitales.
Pour
l’instant basé sur le volontariat, ce test
est la première concrétisation du projet
"Pegase", initié en
2003 par Air France. Il fait suite à un précédent
projet de validation de techniques biométriques
baptisé "Fast-track".
Air-France
ne peut pas être plus clair dans ses propos :
Pegase a pour but "d'évaluer les conséquences
sur son exploitation de l'introduction de nouvelles
technologies appliquées aux passages des frontières".
Du coté du ministère de l’intérieur
c’est tout aussi limpide : ce projet "touche
des domaines sensibles tels que le terrorisme et la
fraude documentaire".
Il
est bien sûr légitime de sécuriser
les aéroports. Personne ne peut être
contre la mise en place de filtres à l’entrée
des aéroports, surtout après les attentats
du 11 septembre. Mais quand on y réfléchit
bien, la présence terroriste, et d’une
quelconque menace en général, se trouve
potentiellement à chaque coin de rue. Pourquoi
se limiter aux aéroports ?
L’ensemble
des lieux publics peut être la cible des "terroristes".
Et c’est là où nous en revenons
à notre exemple IBM à
Rolland Garros : stades, entreprises, prisons, supermarchés,
immeubles, quartiers sensibles, rues, villes, pays…
tout territoire est potentiellement en danger
et donc susceptible d’être surveillé.
De
plus, ces systèmes d’identification sont
le plus souvent basés sur la technologie RFID,
ils nont donc pas besoin de contact physique avec un
lecteur pour être contrôlés. Potentiellement,
les contrôles et le traçage peuvent donc
se faire à l'insu du porteur.
Quel
soulagement pour le "sentiment d’insécurité"
lorsque tout le monde sera identifié et suivi
à la trace. Pour les récalcitrants, l’argument
sera simple : "Pourquoi ne pas vous laisser
tracer, si vous n’avez rien à vous reprocher
?"… vous avez dit Big Brother ?
Bienvenue à Biométrie Land !
(1)
Biométrie : "Science des mesures et des
statistiques appliquées aux êtres vivants".
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