Mercredi
1er décembre 2004
Kazaa
devant le juge
Dans la guerre pro et anti Peer
to Peer (P2P), les trois semaines qui vont suivre vont
certainement valoir leur pesant d’or. Ainsi Sharman
Networks comparaît depuis lundi devant
un tribunal fédéral australien. Le propriétaire
de Kazaa, la star des logiciels P2P,
doit répondre aux grandes majors du disque :
Universal Music, EMI, Sony/BMG et Warner.
Sharman
Networks commence à avoir l’habitude de
ce genre de procès, puisqu’il en a gagné
un avec son "ami" Grokster
aux Etats-Unis en août dernier (cf. notre
article). C’est tout de même le premier
du genre sur son sol natal : l’Australie.
D’un
coté les plaignants clament que Kazaa pille l’industrie
musicale. D’après eux, 100 millions
d’utilisateurs échangent illégalement
chaque mois 3 milliards de morceaux musicaux. L’accusation
alourdit son attaque en argumentant que le P2P
génère des revenus substantiels grâce
à la publicité, et tout ceci
sur le dos des Majors.
De
l’autre coté, Sharman Networks
est accompagné de son "complice" Brilliant
Digital Entertainment. Ce dernier est l’éditeur
du fameux logiciel espion Altnet, qui est un spyware
qui permet de cibler les publicités selon les
goûts des Internautes et leurs habitudes de navigation.
Les deux compères clament leur innocence,
et qu’il ne peuvent rien à la manière
dont ils les internautes utilisent leur merveilleux
outil.
Tout
ceci ressemble à un jeu de dupe. Chacun semble
avoir la même dose d’hypocrisie.
D’un
coté le marché du disque refuse de voir
en face la fin de vie du CD, produit phare
dont il a bien profité ces 20 dernières
années. Il ne va certainement pas mettre en avant
la formidable explosion du DVD et des Jeux Vidéos,
qui sont pourtant tout aussi pillés sur le Net.
La
plus value que représentait le CD il y a une
dizaine d'années est aujourd’hui trop faible
: qui va mettre seize euros pour un simple
disque de douze morceaux, lorsqu’il peut avoir
pour presque le même prix, un film récent
avec des bonus et de l’interactivité ?
De
l’autre coté on joue les innocents aux
mains pleines. Les acteurs majeurs du P2P disent
qu’ils ne peuvent rien changer à la situation
actuelle, alors qu’ils en sont le premier outil.
Champions des "Adwares" (1),
ils ramassent des sommes considérables
et polluent des millions d’ordinateurs avec des
bandeaux publicitaires.
Ils
ont tout intérêt à faire durer le
plaisir. C’est bien pour cela qu’ils
ne mettent aucun moyen en place pour limiter les dégâts.
Ce serait simple pour eux de faire afficher au minimum
des messages d’avertissements sur les risques
réels que comporte l’échange illégal
de fichiers soumis à droits d’auteur. Mais
que nenni, ils ne font aucune concession.
Le
résultat du procès sera un signe pour
l’avenir du P2P. En attendant, les Internautes
cherchent déjà des alternatives à
Kazaa. La nouvelle génération
du Peer to Peer est en marche, et ce n’est certainement
pas quelques procès qui l’arrêtera.
(1)
Adware : contraction d’advertising spywares. Spyware
: Logiciel espion qui renseigne un serveur sur les habitudes
de navigation d'un internaute sur Internet et ceci à
son insu. Il permet par la suite d’afficher des
publicités ciblées selon les goûts
et les habitudes de l’internaute espionné.
Voir
aussi :
Le P2P nouvelle génération
P2P,
la contre-attaque
P2P,
que le meilleur gagne
Toutes
les infos
|