Samedi
15 avril 2005
La
loi de Moore a 40 ans
19 avril 1965, le magazine américain
Electronics fête ses 35 ans d’existence.
Pour se faire, il publie un dossier spécial "The
experts look ahead" (1). L’article
de la page 114 signé de Gordon E.Moore fera date.
Intitulé
"Cramming more components onto integrated
circuits" (2), l’auteur de cette
projection scientifique sur l’avenir des circuits
intégrés ne pouvait imaginer qu’il
édifiait une véritable loi.
Gordon
Moore, cofondateur d’Intel, est lui-même
dépassé par la popularité de sa
proposition :
« Je voulais faire passer l'idée que les
circuits intégrés seraient la solution
pour faire baisser les coûts. (…)
J'ai repris l'historique et j'ai constaté que
nous étions passés de quatre composants
à huit, puis à seize et, qu'en fait, leur
nombre doublait quasiment chaque année
(…) L'un de mes amis (le professeur Carver Mead
de Cal Tech, si je me souviens bien) a baptisé
ce postulat "la loi de Moore"
et le nom est resté. J'ai mis environ
vingt ans avant de pouvoir prononcer ces mots,
mais aujourd'hui, je m'y suis fait. » (3)
Car
en effet sa loi était plus que visionnaire :
"le nombre de transistors par circuit de
même taille va doubler tous les ans".
Depuis sa mise à jour en 1975,
où Moore a modifié la période
du doublement de 12 à 18 mois, la loi
s’est effectivement vérifié et correspond
presque à la réalité.
L’article
voyait encore plus loin, puisqu’il parlait de
la présence d’ordinateurs dans les foyers
et des montres électroniques…
L’impact
de cette loi sur Internet est une évidence. Le
réseau des réseaux n’aurait jamais
pu se développer, voire exister, sans l’explosion
fulgurante de la puissance informatique.
Car
si cette loi se voulait visionnaire, elle a
aussi imposé un rythme de production aux fondeurs.
PDG d’Intel de 1975 à 1987, Gordon Moore
a aussi donné le ton à sa propre entreprise,
à son concurrent AMD, et a d’une certaine
manière forcé l’histoire.
Que
serait le Web sans des serveurs puissants
qui hébergent les sites et gèrent le trafic
d’une densité exponentielle ? Comment les
Internautes surferaient-ils sans le confort d’une
machine puissante, que ce soit pour
une simple navigation ou pour des applications plus
évoluées comme le riche média (flash,
sons, vidéos, java…) ?
Pour
Moore le Silicium, qui a fêté
ses 50 ans en octobre 2004,
reste le support idéal pour connecter un milliard
de transistors ensemble. De plus, la limite
physique de l’atome qui devrait arrêter
la course à la miniaturisation des circuits intégrés
ne devrait pas arriver avant 2017 : nous en
serions alors à plusieurs milliards de transistors
sur un unique circuit intégré.
Ce
sera alors au tour de ses successeurs de forcer l’histoire.
C’est Paul Otellini qui va prendre
la tete d’Intel en mai 2005. Moore n’hésite
pas à dire qu’il lui a déjà
donné son avis… la route est tracée.
(1)
"Les experts regardent l’avenir"
(2)
"Assembler plus de composants sur des circuits
intégrés"
(2)
Interview datée du 13 avril 2005 accordée
à Zdnet.com / CNET News.com
Voir aussi :
Transistor au silicium : 50 ans déjà
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