Mercredi
16 février 2005
RFID
: le boycott ?
Si la technologie RFID reste
très discrète sur notre territoire, le
débat fait rage outre-atlantique. Ainsi CASPIAN
(1), l’association leader anti "Spychips"
vient de lancer le site "boycotttesco.com".
Tesco
se veut l’un des leaders en terme de développement
de la RFID dans l’ensemble de son infrastructure.
Cette technologie doit améliorer, voire transformer,
l’organisation de la logistique, la gestion des
stocks et la distribution des produits.
Pour
Katherine Albrecht, fondatrice de CASPIAN,
le problème est que Tesco va trop loin. Les puces
RFID ne seraient pas seulement utilisées pour
une meilleure gestion interne de l’entreprise,
mais également pour espionner la clientèle
de la chaîne de magasins.
Toujours
selon Caspian, les portails de sécurité
de Tesco seraient équipés de détecteurs
RFID. Ils permettraient de lire les émissions
des tags RFID lorsque les clients sortent des magasins,
mais également lorsqu’ils y rentrent.
Ainsi
il serait possible de lire l’ensemble
des informations que le consommateur porterait sur lui
: ce qu’il porte, quelles marques, si cela provient
de ce magasin, la date d’achat, montant des achats…
bref toutes les habitudes d’achat du consommateurs.
Relié à une base de données client,
on n’ose pas imaginer ce que cela pourrait donner…
Afin
de contourner le débat sur la justesse de tels
procédés, Tesco annonce timidement la
couleur en affichant une petit message sur les
rayons qui essayent la RFID (DVD, jeux vidéos…)
: "Afin de rendre vos courses plus aisées,
nous essayons une nouvelle technologie sur ces produits…".
Plutôt limitée comme information...
Là
où cela devient plus grave c’est lorsque
cela est fait à l’insu du consommateur.
Ainsi, en 2003 l’affaire Gilette-Tesco
avait fait un peu parlé d’elle. Les deux
compagnies s’étaient mises d’accord
pour intégrer aux produits rasoirs Gillette
"Mach3" des puces RFID.
Lorsqu’un
client en prenait un paquet sur le rayon, la puce s’activait
et déclenchait automatiquement la prise
de la photo du client en question. Au moment
de l’achat à la caisse, une seconde photo
du client était prise. A la fin de la journée,
l’agent de sécurité listait l’ensemble
des photos "Mach3" prises dans la journée
et vérifiait qu’il n’avait que des
couples.
Lorsqu’une
personne n’était photographiée qu’au
rayon de lames de rasoirs, et que sa photo à
la caisse n’apparaissait pas, elle était
suspectée de vol à l’étalage.
Sa photo était intégrée à
une sorte de liste noire qui prenait la forme d’une
base d’images de clients suspects. La
prochaine venue de ces clients dans le magasin serait
alors fortement surveillée.
Aucun
message ne prévenait les clients de l’existence
de ces puces, ni le fait qu’ils seraient
photographiés et intégrés dans
une base d’images de suspects. On sait que les
lames de rasoirs sont l’un des produits les plus
volés au monde, mais de là à
espionner les clients à leur insu…
Tagger
le produit que porte une personne devient tagger la
personne elle-même. En France on ne se
pose pas encore la question. Quel parisien s’est
inquiété de la carte "Navigo"
mis en place par la RATP ? Et pourtant,
ce passe n’est rien d’autre qu’une
puce RFID qui traque les déplacements du voyageur
: son entrée, sa sortie, s’il prend le
bus, le métro, le tramway, ses habitudes de trajets…
Voyageur dont on connaît l’adresse, l’age,
le sexe, le numéro de compte bancaire, sa situation
socioprofessionnelle…
Bien
sûr cela permet de mieux connaître
les habitudes des voyageurs, et donc de mieux
gérer le trafic. Mais imaginons un seul instant
de telles informations entre les mains d’un état
dictatorial… Big Brother n’est alors
vraiment pas loin.
Selon
Internetactu.net, une enquête des cabinets BIGresearche
et Artafacat démontrerait qu’un
tiers des américains seraient au courant
du développement de la RFID, mais que plus
de 50% d’entre eux s’en méfieraient.
Certaines organisations comme CASPIAN en appellent carrément
au boycott.
Alors,
faut-il boycotter la RFID? Et d'ailleurs, Pourquoi
s’inquiéter ? Dans une interview à
Vnunet.com (2), John Madelin de RSA
Security, une entreprise "experte" en solution
de sécurité, nous dit : "La technologie
Rfid reste relativement fruste et il est très
peu probable que Tesco puisse mettre en danger la vie
privée de quiconque au-delà d'un rayon
de quelques mètres"… alors,
si ce n’est "que" de quelques mètres…
(1)
CASPIAN « Consumers Against Supermarket Privacy
Invasion and Numbering” - www.nocards.org - www.spychips.com.
(2)
http://www.vnunet.com/news/1161005 - "Currently
RFID technology is relatively crude and it's pretty
unlikely that Tesco has the range to breach anyone's
privacy outside the scope of a few metres"
Voir
aussi :
RFID : où va-t-on ?
Mastercard
: vive la RFID
RFID,
quand on t'a dans la peau
RFID,
Checkpoint se fait piéger
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